L’Empire romain transforme Avignon

L'Empire romain transforme Avignon

Comme toutes les grandes ères historiques, l'Antiquité est traversée de courants puissants, de périodes d'essor, de crises et de rebonds. Les villes qui maillaient alors le Vaucluse n'émergent pas au même moment et connaissent des fortunes différentes. Comme Vaison-la-Romaine (Vasio), capitale de la fédération des Voconces, Avignon (Avenio) et Cavaillon (Cabellio) sont déjà des agglomérations cavares structurées quand surgit l'envahisseur romain. Elles acquièrent une grande importance dès le Ier siècle avant notre ère alors que les cités nouvelles d'Apt (Apta Julia) et Orange (Arausio) connaissent leur âge d'or au siècle suivant. " Les Romains vont s'appuyer sur ce réseau d'agglomérations préexistantes qui, bien qu'ayant beaucoup d'échanges entre elles, restaient globalement indépendantes ", note Jean-Marc Mignon. Pour l'archéologue, il est frappant de remarquer que les distances qui les séparent correspondent à des étapes régulières de 25 à 28km, soit " ce que peut parcourir un attelage ou une caravane de mulets en une journée, permettant ainsi de sécuriser les hommes et leurs marchandises le long de leur route ".Avignon et Cavaillon avaient depuis longtemps forgé leur prospérité en commerçant avec le monde méditerranéen grâce aux accords passés avec les colons de Phocée, implantés à Massalia qui deviendra Marseille. Les riches marchands y maîtrisent le grec et ces villes, privilège insigne, sont autorisées à battre monnaie. Restée longtemps perchée sur son rocher, la future cité des papes va se développer en plaine jusqu'aux bords du Rhône sous l'impulsion des Romains arrivés dès 120 avant notre ère. Le centre monumental se situe sous l'actuelle place de l'Horloge et des restes de voirie et d'arcades ont été identifiés dans le secteur de la rue Saint-Agricol. C'est aussi là, entre les rues Racine et Petite Fusterie (dans les locaux de la mairie annexe),qu'on a découvert pour la première fois un pan du forum.

Les dimensions spectaculaires que l'on prête à ce cœur battant de la cité, avec sa curie, où l'on rendait la justice, son sanctuaire dédié au culte de l'Empereur et son esplanade ornée de statues célébrant les édiles locaux et le pouvoir impérial, laissent entendre qu'Avignon fut elle-même une ville gallo-romaine importante à l'image de ses consœurs vauclusiennes. L'une des hypothèses avancées par les spécialistes est que la ville, douze siècles avant le pont Saint-Bénézet, était déjà un point clé de franchissement du Rhône comme en témoignent quelques vestiges d'un pont antique visibles à la base du pont médiéval.

 Vue d’Avignon (Avenio) à l’époque gallo-romaine, superposée avec les monuments construits ultérieurement. - © Jean-Marie Gassend (IRAA/CNRS) et Patrick de Michèle (SADV)

 

Bien implantée à un passage de la Durance navigable et protégée par sa colline, Cavaillon est, quant à elle, restée longtemps attachée aux Marseillais ainsi qu'en témoignent les inscriptions gallo-grecques (une écriture qui transcrit la langue gauloise dans l'alphabet grec) qui y ont été découvertes. Son développement se renforce considérablement lorsque l'ancienne voie gauloise qui parcourait la ville basse est modernisée par le général Domitius, et dès lors nommée Via Domitia (dès 122 av. J.-C.). La Via Domatia, une des plus anciennes voies romaines de Gaule, se confondait en partie avec la voie héracléenne qui, bien avant la fondation de Marseille, passait pour être le chemin emprunté par Héraclès lorsqu'il ramena d'Espagne les " bœufs de Géryon " .Sous la volonté de l'occupant romain, elle devint la voie Domitienne(fin IIe siècle av. J.-C.), du nom du général romain Cneus Domitius Ahenobarbus qui, comme plus tard Pompée le Grand, participa à son entretien et à sa réfection. On peut toujours admirer les restes d'un bel arc commémoratif richement décoré de sculptures, transférés sur la place du Clos au XIXe siècle. À l'exception des vestiges d'un arc d'entrée du forum trouvés sur l'avenue Gabriel-Péri, on connaît cependant encore mal l'organisation de la ville. Comme pour beaucoup de colonies de Narbonnaise, la cité de Cabellio seraen partie détruite à la fin du IIe siècle ap. J.-C., conséquence de la guerre civile ayant opposé Septime Sévère au gouverneur Claudio Albinus. Découvert en 2010,le trésor monétaire de l'hôtel d'Agar, composé de 303deniers d'argent, pourrait avoir été enfoui durant cette période agitée. Si, à Vaison-la-Romaine, les thermes sont alimentés par la résurgence du Groseau, Cavaillon reçoit pour sa part l'eau de la Sorgue, captée à Fontaine même et conduite jusqu'au centre-ville grâce à un aqueduc dont une portion souterraine, sous le lit du Calavon, a été anciennement repérée.

Pour l'envahisseur, ces ouvrages ont moins vocation à alimenter en eau la population qu'à faire l'étalage de sa capacité à maîtriser cet élément. Divinisées comme la plupart des sites naturels, les sources font l'objet d'un culte ainsi qu'en attestent les 1600 pièces d'or, d'argent et de bronze retrouvées dans le siphon de Fontaine-de-Vaucluse où elles étaient jetées en offrande. " L'eau participe à la mise en scène du pouvoir par les Romains.